L’alcool a toujours
fait parti de notre vie de couple, épisodiquement c’est vrai, mais assez
pour que cela entraine des disputes à cause de lui.
En 1982, nous avons
déménagé à salon de Provence. J’étais contente, je pensais que l’éloigner
des copains, nous éloignerait de l’alcool. Mais non ! L’alcool était
toujours là, toujours par épisode, mais assez pour moi et être en mal-être.
Puis cette
consommation s’est accentuée, a fait partie de notre vie. Tous les week-ends
(à la maison), j’étais mal. Toujours des disputes, des colères, des retours
en voiture avec la peur au ventre (cela voulait dire qu’il avait trop
chargé). Je pense que nous avons eu « un bon Dieu » au dessus de nos têtes.
Je me rappelle
d’une certaine route dans la montagne, du côté de Digne (à Draix), chez des
amis, où nous avions le précipice sur le côté et où je priais, la peur nouée
au ventre. Les enfants étaient aussi dans la voiture.
Et l’alcool s’est
accentué. Nous nous étions rendu compte qu’il amenait des bières au travail
dans la semaine et certains soirs, lorsqu’il rentrait, ce n’était pas
toujours trop ça ! Tout tournait autour de l’alcool dans notre foyer.
Les disputes entre
nous et surtout Céline notre fille qui en voulait énormément à son père. Pas
moyen de discuter, il niait tout en bloc et ses mensonges me faisaient
encore plus mal, me donnaient comme des coups de poignard.
Et puis, l’été
1993, où nos vacances entre amis ont été catastrophiques, avec l’alcool au
quotidien. J’étais morte de honte, les enfants aussi. Je suis rentrée seule
avec les enfants deux jours avant la fin de notre séjour. Je n’en pouvais
plus, il faut dire que cette année là, en mars, Dominique a été au chômage.
A partir de là,
l’alcool a été son compagnon quotidiennement et pour moi, une maitresse qui
passait avant tout.
En rentrant de
vacances, j’ai pris le taureau par les cornes, je me suis renseignée auprès
d’associations (alcooliques anonymes) entre-autre.
Ma vie était un
enfer, je ne dormais plus, j’allais au boulot et rentrais avec la peur car
il avait envie de se suicider sans arrêt. Au mois de septembre de cette
même année, Céline, qui avait seize ans, a décidé de partir à Marseille chez
les grands parents pour faire ses études (moi je savais bien que c’était
pour fuir le climat familial), Julien, lui qui avait douze ans, s’est muré,
enfermé sur lui-même, passant plus de temps dans sa chambre qu’avec nous.
Nous vivions au
quotidien avec l’alcool.
De disputes en
disputes, de colères en colères, j’étais épuisée mais ne lâchais pas le
morceau. Je l’ai obligé à aller voir une psy qui s’occupait de l’alcool, je
voulais le menacer de séparation, qu’il fasse une cure.
Nous étions à la
fin de l’année 93, et évidemment, il n’était pas question pour Dominique de
faire quoi que ce soit, car il y avait les fêtes de fin d’année. Rendez-vous
a été pris pour début janvier 94 faire un sevrage en Arles.
Pendant ce séjour,
Dominique a rencontré Louis Mante (vous le connaissez) qui lui a parlé de la
Croix Bleue et nous a invités aux réunions.
Je croyais dur
comme fer à ce sevrage.
Nous sommes allés
aux réunions Croix Bleue, pour moi c’était un ballon d’oxygène, j’avais
trouvé un endroit pour déballer mon fardeau, évacuer mon angoisse, mon
mal-être.
Et puis : « pat à
traque », trois semaines plus tard, rechute ! Je suis tombée de haut, lui me
disant qu’il allait gérer.
De nouveau,
l’alcool au quotidien. Je n’en pouvais plus ! Mais j’avais trouvé des amis
avec qui en parler et qui venaient d’Arles pour le voir. Même le chercher,
le jour où il a fait un délirium et amener à l’hôpital d’Arles. On ne se
parlait plus, on se laissait des mots accablants, on ne communiquait plus.
Jusqu’à ce fameux 9 mars 1994, où il a eu cet accident de voiture, délit de
fuite, les flics à la maison et une garde à vue.
Je suis restée là,
pensant que tout était fini, qu’il ne s’arrêterait jamais, qu’il fallait que
je prenne des décisions pour moi et les enfants, car je n’avais pas le droit
de leurs faire vivre cet enfer.
Entre temps,
j’étais parti 15 jours chez une amie, pendant les vacances scolaires de
février. Physiquement et moralement : je n’en pouvais plus !
C’est à ce moment
là, qu’il a fait appel au responsable de la Croix Bleue d’Arles, pour partir
en postcure à Virac.
Le 9 mars était un
mercredi.
Le 10 mars, je l’ai
ramené au commissariat aussi mal que la veille pour rendre son permis, le 11
mars, nous sommes allés à la réunion Croix Bleue en Arles. C’est ce jour
qu’il a signé son premier engagement avec Louis.
J’en ai signé un
moi aussi, j’étais prête à tout pour l’aider et pour que tout cela s’arrête.
Cet engagement, il le tient depuis cette date. Et puis le départ à Virac en
avril 94 pour trois mois.
Nous étions
malheureux et écorchés vifs tous deux par cette situation. Mais il nous
fallait cette séparation à tous deux : lui pour l’alcool, moi pour me
retrouver avec moi-même et me remettre en question.
Pendant ces trois
mois, j’ai continué à aller aux réunions Croix Bleue. J’avais besoin de mes
amis et de soutien.
Nous correspondions
par lettres dans lesquelles beaucoup de choses étaient dites plus qu’au
téléphone. Et puis première visite où j’ai trouvé Dominique changé, où nous
recommencions à nous parler.
A la sortie de
Virac, une semaine au camping de la Croix Bleue. Une semaine pour nous deux
à nous retrouver. Construire une vie de couple « Nouvelle ». J’étais
confiante. J’y croyais et nous allions prier à l’église de Vernoux. C’est
pour cela que Vernoux est le départ de cette nouvelle vie.
De retour à la
maison, nous avons continué à aller aux réunions Croix Bleue toutes les
semaines en Arles.
Pour ma part, ces
personnes étaient très importantes, des piliers sur lesquels je pouvais
compter. Nous nous construisions avec eux. Je leurs en doit un grand merci.
Et puis un an
d’abstinence, nous sommes passés Membres Actifs de la section d’Arles.
Mai 95 ! A partir
de ce moment, j’ai eu la rage de vouloir m’investir dans la section, d’aider
les autres, mon engagement d’abstinence était pour moi. Je n’avais plus rien
à voir avec l’alcool, je l’avais anéanti !
Nous avons aidé
beaucoup de personnes de Salon à partir de là. Il en a découlé la permanence
à Salon en janvier 97 avec Notre Ami Lilian pour qui j’ai une pensée ce
soir. Le groupe s’est agrandi. Nous sommes devenus section à part entière en
2001, dont j’ai pris la responsabilité entourée des membres actifs (10 ans
aujourd’hui).je me suis épanouie au sein de la Croix Bleue et je suis
devenue ce que je suis aujourd’hui.
La Croix Bleue m’a
donné une ouverture de vie et a permis de me réaliser.
Je ne regrette
rien. Cette histoire d’alcool nous a fait changé et grandir. Et surtout
permis cette nouvelle vie de couple sans alcool.
Michèle
Salon de Provence
1er mars 2007